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Alors que les familles des 49 victimes des attaques terroristes anti-musulmanes contre deux mosquées dans la ville de Christchurch pleurent leurs proches, de plus en plus d’informations sur les motivations de ces assassins sont rendues publiques. La France, déjà connue pour être le laboratoire mondial de l’islamophobie, a été sans grande surprise le payes dans lequel un des terroristes a mûri son attentat.

Beaucoup ont pointé le «grand remplacement» imaginé par l’idéologue d’extreme droite Renaud Camus comme facteur de radicalisation ayant motivé les deux attentats. Il est certain que cette idée a joué un rôle, déterminant.

Le grand remplacement, ce sont les populations non blanches qui seraient en train de remplacer les populations non blanches en Europe. Bizarrement, il n’y avait pas de théorie d’idée du grand remplacement lorsque la France colonisait, pillait, massacrait et violait tout ce qui n’était pas blanc.

Bizarrement encore une fois, l’esclavage et la colonisation qui ont ravagé l’Afrique, l’Asie ou les Amériques et durablement affecté leur démographie, n’ont pas donné lieu à une théorie du grand remplacement. Non, là i s’agissait de civiliser. Mais lorsqu’on fait venir des populations par la voie la plus légale pour défendre ce pays puis le reconstruire, là tout à coup, le grand remplacement devient une idée qu’il faut confirmer à tout prix.

Pour commencer, cette idée n’est pas une théorie mais un fantasme reposant sur les peurs profondes d’une frange non négligeable des identitaires, conservateurs et sympathisants de l’extreme droite.

Christchurch: la droite a sa “théorie du grand remplacement”, la gauche celle de “l’insécurité culturelle”, la France elle est le laboratoire de l’islamophobie. Que la France ait servi de catalyseur n’est pas un hasard.

Bien que corroborée par aucune étude sérieuse, ce qu’on appelle une théorie n’est qu’une idée fallacieuse sensée donner une légitimité intellectuelle à une vision du monde dans lequel l’homme blanc ne s’inscrit que dans des rapports de domination, qu’ils soient à son avantage ou à son détriment.

Ainsi l’homme blanc est soit dominant parce qu’il le mérite, soit dominé, parce que les non blancs échappent à sa domination. Impossible pour ceux qui adherent à cette idée d’imaginer un monde dans lequel blancs et non blancs seraient égaux. Pour faire simple, l’homme blanc est soit dominant soit dominé mais jamais l’égal d’un autre.

Ce qui est curieux, c’est que les adhérents à l’idée du grand remplacement n’appellent pas à la fin des guerres françaises, à la fin du pillage de l’Afrique, du soutien aux dictatures qui servent les intérêts de la France mais qui par leur despotisme poussent leurs populations à s’exile. Non, les porteurs de l’idée d’un grand remplacement, veulent que les non blancs partent mais leur laissent la porte ouverte pour venir piller leurs pays d’origine. 

Les croyants à l’idée de grand remplacement oublient souvent ce que Chirac confirmait dans un entretien il y a quelques années: “On oublie seulement une chose, c’est qu’une grande partie de l’argent qui est dans notre porte monnaie vient précisément de l’exploitation depuis des siècles de l’Afrique…”

Malgré tout, cette idée a fait son chemin au point de devenir répandue dans les discours publics. Elle s’est tellement normalisée qu’elle a été relayée depuis des années dans la presse à commencer par la presse publique d’un côté et la presse privée, elle même lourdement subventionnée par les deniers publics de l’autre.” Et de poursuivre “Il faut rendre aux Africains ce que nous leur avons pris”.

Ceci dit, la normalisation du fantasme du grand remplacement est telle que Renaud Camus a pu la répandre lui même ou laisser d’autres le faire à sa place comme Eric Zemmour, Philippe de Villiers, Michel Houellebecq ou la dynastie Le Pen et même la gauche via Olivier Faure, secrétaire national du parti socialiste qui a déclarait dans le plus grand calme: «Il y a une crise identitaire. Il existe des endroits où le fait de ne pas être issu de l’immigration donne l’impression d’être dans une sorte de colonisation à envers.»

Mais cette déclaration d’un homme politique de gauche n’est pas une surprise. Si l’extrême droite a son racisme biologique qui prône la supériorité d’une race envers les autres, si la droite a son racisme des valeurs qui prônes la supériorité des valeurs chrétiennes sur le reste, la gauche elle a son racisme culturaliste et donc, la supériorité d’une culture sur les autres.

Cela peut paraître moins grave, mais ce racisme là n’est pas moins dangereux. Cristallisé autour du concept fallacieux d’ “insécurité culturelle” imaginée par un homme plus connu pour s’en prendre aux femmes que pour sa brillance intellectuelle, un certain Laurent Bouvet.

Bien que de gauche, l’idée d’une “insécurité culturelle” ne cache pas moins la justification d’une théorie du complot selon laquelle l’islamisation de la France serait une réalité cachée mais bien réelle. Mais à y regarder de plus prés, l’insécurité culturelle de Laurent Bouvet est aussi fallacieuse que le concept de grand remplacement.

Prenant ses sources dans des sondages érigés en vérité absolue, l’auteur confond insécurité et sentiment d’insécurité et fait le pont entre les idées d’extrême droite et ce qu’il appelle “la gauche populaire”, permettant à la première de décocher la case “extrême droite” pour avoir une assise à gauche et donc d’élargir son électorat.

Je ne m’attarderai pas pour démonter les peurs de Laurent Bouvet vis à vis des femmes et des minorités non blanches. Mais je m’attarderai pour dénoncer la responsabilité de sa frange de la gauche et de l’extreme droite dans la banalisation du concept de suprématie blanche qui a motivé les attentats de Christchurch mais aussi les attentats avortés pendant l’été 2018 et qui ciblaient aussi des musulmans. 

Avec la tribune permanente donnée à de telles idées sans aucune contradiction sérieuse, leur normalisation a alimenté les controverses anti-musulmanes régulières en France qui ont fait les gros titres de la presse.

Les idéologues de la haine des musulmans ont le sang des victimes Christchurch sur les mains, qu’il soient de droite ou de gauche, rien n’y changera.

Les mêmes organisations qui ont été les plus militantes et les plus violentes en faveur d’une normalisation de la rhétorique anti-musulmane en France ont même tenté d’organise Lundi 18 Mars dernier un hommage aux victimes sans reconnaître leur propre responsabilité dans la propagation de la haine, et d’avoir milité pour donner une respectabilité à la suprématie blanche. 

Leur convergence avec l’extrême droite sous prétexte de lutter contre «l’islam radical» partout où celles et ceux qu’on appelle “les musulmans” sont visibles ou parlent publiquement ne peut être prise légèrement.

Ces organisations, bien que prétendant être de gauche, n’ont manqué aucune occasion pour donner du crédit aux théories racistes du «grand remplacement» et de «l’insécurité culturelle» (15 ans de militantisme pour parvenir à l’interdiction du foulard à l’école, hystérie nationale autour voile intégral porté par 400 personnes, repas de substitution, interdiction des longues jupes portées par les filles musulmanes, l’hystérie nationale autour du burkini, l’affaire Maryam Pougetoux, l’affaire Mennel, l’affaire du sportif Decathlon, l’accusation selon laquelle les musulmans sont les nouveaux antisémites, amalgame entre terrorisme et appartenance à la religion musulmane…). Nous assistons malheureusement à la dévastation de ces violences et à la profonde polarisation de la société française.

La responsabilité de la gauche version Printemps Républicain, Licra ou Parti Socialiste est engagée tant ils ont milité pour que des idée aussi déshumanisantes soient devenues répandues. L’indignité abyssale de ces personnes a été une nouvelle fois démontrée avec leur rassemblement pour faire mine de rendre hommage à 50 personnes assassinées pour être musulmane, la plus jeune ayant 3 ans.

Parce que les inégalités et les dominations en tous genres structurent notre pays, je ne fais aucune différence entre la droite qui fait face aux minorités avec le fusil du racisme et la gauche qui les retient avec la corde du paternalisme. Parce que les deux convergent autour du racisme, l’un et l’autre ne méritent que le mépris et d’être combattus. Qu’il s’agisse de Renaud Camus, de Laurent Bouvet ou d’Eric Zemmour, j’en appelle à ce que chacun prenne ses responsabilités pour ne plus leur laisser un boulevard.