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En plein débat sur les violences policières et la pertinence d’une police municipale à Paris, le CJL a enquêté sur les dérives de la police municipale de Colombes. Dénoncée par les habitants pour sa violence et par d’anciens agents pour le népotisme, le harcèlement moral et la brutalité en interne, notre investigation révèle des dysfonctionnements qui devraient inquiéter.

Aussitôt intronisée dans cette commune des Hauts de Seine, département le plus riche de France, la maire semble s’être fixé l’objectif d’élever Colombes au standing des villes voisines que sont Neuilly, Courbevoie et Levallois. Dans sa gestion de la ville, la stratégie de Nicole Goueta s’appuie sur deux axes : l’immobilier et la sécurité. La ville connaît en effet une telle inflation de projets immobiliers -destinés aux classes moyennes et supérieures- que l’opposition s’inquiète de la rapidité avec laquelle la mairie brade son patrimoine foncier.

Mais pour attirer ces populations BCBG et changer durablement le profil sociologique de ses administrés, il ne suffit pas de préempter la moindre friche pour y ériger des immeubles de haut standing, il convient aussi de changer la réputation de la ville. Colombes défraie souvent la chronique en raison du trafic de drogue qui gangrène ses quartiers populaires et des règlements de comptes sanglants qui pourrissent la vie de ses habitants. Aux grands maux, les grands remèdes: investir dans une police municipale surarmée et, comme pour faire écho aux fantasmes sécuritaires en vogue, en confier la direction à un ex-militaire. Une politique qui préfigure à l’échelle d’une commune ce que pourraient être les pivots de la construction du Grand Paris : la gentrification et la sécurité. 

De par la gestion de la ville, la stratégie de Nicole Goueta s’appuie sur deux axes : l’immobilier et la sécurité. La ville connaît en effet une telle inflation de projets immobiliers -destinés aux classes moyennes et supérieures- que l’opposition s’inquiète de la rapidité avec laquelle la mairie brade son patrimoine foncier.

COLOMBES POLICE MUNICIPALE: SAISON 2


La nouvelle mouture de la Police municipale présente une nouveauté: elle s’est vue adjoindre un Groupe de Sécurité et d’Intervention (GSI), chargé d’une mission dans les quartiers populaires de la ville, qui s’apparente à une guerre urbaine digne de la bataille d’Alger. « Nous nous battrons rue par rue, immeuble par immeuble » avait en effet déclaré l’édile en plein conseil municipal.

Vitrine de la politique sécuritaire de Nicole Goueta, la police municipale fait l’objet de toutes les attentions, comme en témoignent les moyens financiers qui lui sont consacrés. Son budget a bondi de 30% par rapport à la mandature précédente pour s’établir à 5,8 millions d’euros, soit plus du double du budget moyen pour une ville de moins de 100 000 habitants. Madame la Maire s’est, en effet, donné les moyens de ses ambitions sécuritaires : 5 véhicules sérigraphiés, 5 motos, auxquelles s’ajoute l’acquisition récente de 6 nouvelles Ducati, 2 scooters MP3 et 6 VTT.

 “… Beaucoup d’agitation, de médias et de sirènes dans la rue, mais peu de résultats tangibles” Un élu d’opposition 

Côté effectifs, le nombre d’agents est passé de 40 à 65 avec à leur disposition un arsenal digne de la Brigade Anti Criminalité (BAC): 65 pistolets semi-automatiques de 9mm, 6 flash balls, 4 tasers, des gilets pare-balles lourds, 4 boucliers, 4 maîtres-chiens, des radios-communications individuelles, 2 radio-conférences de la Police Nationale, sans compter les 89 caméras de vidéosurveillance disposées aux 4 coins de la ville. « Les moyens qui étaient alloués à Colombes sous le précédent mandat étaient suffisants et adaptés.

Il n’y avait pas besoin de surenchérir », explique Luc, ex-policer municipal sur la ville de Colombes, qui s’inquiète par ailleurs d’une militarisation croissante de la police municipale. Une analyse partagée par un élu de l’opposition qui a requis l’anonymat, résolument opposé à la Police Municipale, qu’elle soit armée ou non. Selon lui, la sécurité doit demeurer une mission régalienne de l’Etat. L’existence même de ces polices instaure, selon l’élu « une discrimination territoriale en matière de sécurité», et « quand on fait le bilan, poursuit-il, ce n’est pas forcément positif, il y a beaucoup d’agitation, de médias et de sirènes dans la rue, mais peu de résultats tangibles ».

Faute de résultats, la mairie décide de prendre en main l’image de sa police municipale. Et pour cela, rien de tel qu’un reportage choc diffusé sur NT1 (aujourd’hui TFX, chaine tv du groupe TF1), montrant une police dévouée à la sécurité des colombiens, ne reculant devant aucun péril. 

150 000 EUROS POUR UN REPORTAGE À LA GLOIRE DE LA PM PAYÉ PAR LE  CONTRIBUABLE ? 

Mais le temps du reportage n’étant pas celui de la lutte contre la délinquance, la production ne s’est pas encombrée de déontologie et n’a pas hésité à recourir à la mise en scène. C’est ainsi que les agents de la police nationale qui ont fouillé l’un des jeunes appréhendés devant les caméras par la police municipale pour détention de stupéfiants ne trouveront aucune substance illicite sur lui.

“Ce sont des cowboys !” 

Ce reportage à la gloire de la Police Municipale de Colombes ne serait-il pas tout simplement un publi-reportage ? D’après deux sources concordantes, l’une au sein de la mairie et l’autre au sein même de la police, la municipalité de Colombes aurait financé la société de production –Pallas Production- à hauteur de 150.000 euros. Une dépense qui n’apparaît pourtant pas dans les délibérations du conseil municipal. L’adjoint chargé des questions de sécurité, Jean-Paul Bolufer n’a pas répondu à nos sollicitations.

 “A part rouler des mécaniques, persécuter les vendeurs de marrons et de cacahuètes sur le Boulevard Charles de Gaulle, ils ne servent à rien” Ali, résident du quartier de l’Europe

En interne, le retour de Mme Goueta aux affaires s’est également traduit par une véritable purge au sein de la police municipale puisque la quasi totalité de l’équipe du mandat précédent a été remplacée. La majeure partie des nouvelles recrues vient du nord de la France et serait issue des rangs de la gendarmerie. « Des policiers de moins d’un mètre 70 et 60 kilos, il n’y en a plus », affirme Stéphanie, ex opératrice de vidéo surveillance au sein de la police municipale. « Maintenant vous avez à faire à des colosses qui poussent de la fonte quand ils ne sont pas en service et qui sont là pour casser. Ils sont grassement payés, poursuit-elle, avec des salaires qui oscillent entre 2300 et 3000 euros, en raison des heures supplémentaires qui leur sont allouées ». Le salaire d’un policier municipal oscille entre 1537 euros à 1900 euros brut. 

UNE POLICE MUNICIPALE QUI VA BIEN AU-DELÀ DES MISSIONS QUI LUI SONT ASSIGNÉES 

Conformément à l’article 21 du Code de procédure pénale, les policiers municipaux ont la qualité d’agents de police judiciaire adjoints, ce qui les autorise à verbaliser les contrevenants pour des infractions au code de la route ou aux arrêtés municipaux. Ils ne peuvent, en revanche, procéder à des contrôles d’identité sans avoir, au préalable, constaté une infraction, ni procéder à des fouilles au corps ou à des fouilles de véhicules. “Ces ex-gendarmes ont eu des formations qui ne sont pas adaptées aux besoins d’une police municipale”.

Ceci étant, Colombes le Mag, le journal municipal de la ville nous informe que la P. M. a procédé à 215 interpellations sur la première année d’exercice du deuxième mandat. Les policiers municipaux – comme n’importe quel citoyen- sont bien sûr autorisés à appréhender, y compris par la force, l’auteur d’un crime ou d’un délit flagrant, pour le conduire devant l’officier de police judiciaire le plus proche, en application de l’article 73 du Code de procédure pénale. Mais il y a l’art et la manière. Une commerçante du centre ville souligne le professionnalisme de la police municipale de proximité, bien implantée dans la ville et ses quartiers populaires mais s’inquiète de la brutalité du GSI, (Groupe Spécial d’Intervention).

« C’est des cowboys ! Ils se comportent comme des brutes notamment dans les quartiers populaires ». Un témoignage corroboré par Stéphanie* ex-opératrice de vidéosurveillance qui confirme que  « ces ex-gendarmes ont eu des formations qui ne sont pas adaptées aux besoins d’une police municipale. Ces GSI outrepassent trop souvent les limites de leurs prérogatives. »

Lacrymogène et passage à tabac des jeunes manifestants en soutien au jeune Théo

Gros bras et une formation inadaptée, sur le terrain, cela se traduit inévitablement « par des faits de violences » affirme sans hésiter Stéphanie* qui, depuis le centre de contrôle de vidéosurveillance était bien placée pour les observer. En qualité de chef de poste, elle était aussi l’interface entre les agents de la PM sur le terrain et les officiers de police judiciaire. L’opératrice évoque notamment la brutalité avec laquelle les GSI ont réprimé des lycéens et des étudiants qui manifestaient justement contre les violences policières, à la suite du viol du jeune Théo à Aulnay Sous Bois. Les policiers n’avaient pas hésité à «faire usage de gaz lacrymogène, à porter des coups contre les jeunes, à les jeter au sol. A 16 ans, ça reste quand-même des mômes ». 

« ça se termine systématiquement en outrage »

Stéphanie*, s’interroge également sur le fait que de simples interpellations pour vérification d’identité finissaient le plus souvent en outrage. « Le policier municipal sur le terrain m’appelle pour signaler une interpellation d’un individu pour vérification d’identité.  Donc conformément à la procédure, j’avise un officier de police judiciaire qu’un contrôle d’identité est en cours. Mais lorsque la personne appréhendée arrivait au poste, elle avait toujours la gueule amochée ».  Et pour couvrir la violence des GSI, sa hiérarchie n’hésitait pas à lui demander de modifier sa main courante (déclaration faite à la Police Judiciaire), ce que Stéphanie s’est toujours refusé de faire. Elle découvrira cependant,  plus tard, que plusieurs de ses mains courantes avaient été modifiées à son insu.

“La Police municipale est à l’image du Maire”

La brutalité des méthodes du GSI a, en outre, contribué à entamer le capital de sympathie de la pol-prox (police de proximité) auprès de la population. Une police  qui, sous la mandature précédente, avait investi les quartiers sensibles et avait tissé des liens avec les habitants et l’ensemble des acteurs sociaux.

Plusieurs policiers de proximité ont eu maille à partir avec la population au cours d’incidents insignifiants avant de découvrir qu’une intervention des GIS avait eu lieu la veille. Même cas de figure avec les agents de la police nationale qui ont été pris à parti à de nombreuses reprises par des habitants en réaction à une intervention des GIS quelques heures auparavant. Avec comme conséquence, une détérioration des relations entre les deux corps de police.

Pire encore, selon Stéphanie, les colombiens, qu’ils soient résidents des zones pavillonnaires ou des grands ensembles, n’appellent plus la police municipale « soit disant, parce qu’elle ne se déplace jamais, alors qu’en réalité beaucoup renoncent à l’appeler car ils la craignent ». 

Profil bas et sentiment d’inutilité

Pour Ali, gardien d’immeuble et habitant du quartier populaire de l’Europe, « la Police municipale est à l’image du maire : Nicole Goueta est le maire du centre-ville de Colombes,  et sa police municipale ne s’intéresse qu’à à la sécurité des habitants du centre-ville et des zones pavillonnaires. D’ailleurs on ne les voit plus trop dans nos quartiers ».

Mais Ali ne semble ne pas les regretter pour autant : « A part rouler des mécaniques, persécuter les vendeurs de marrons et de cacahuètes sur le Boulevard Charles de Gaulle, ils ne servent à rien et quand ils interviennent, ils sont dans la précipitation et la panique». Si Ali n’a jamais trop porté la police en général dans son cœur, il reconnaît éprouver de la sympathie pour la Police nationale depuis qu’il a vu la municipale, nouvelle version, à l’œuvre. 

Une absence sur le terrain confirmée par Luc, l’ancien policier municipal de Colombes qui remarque, non sans sarcasme : « à chaque fois que je passe devant le poste de la Police municipale, tous les véhicules sont garés devant. Si j’étais à leur place, j’irais au moins les cacher pour donner l’impression de travailler. »

La vague d’attentats qui a frappé la capitale, le renforcement du plan Vigipirate et la mise en place de l’état d’urgence ont amené les polices municipales à absorber 80% des missions de Police secours. Mais leur mission reste théoriquement circonscrite à rendre compte, à se contenter d’intervenir sur des flagrant délits, « mais en aucun cas, à enquêter ou à surveiller le trafic de drogue ». Cette surveillance leur a pourtant valu d’être accusés par des dealers -qui se sont néanmoins, rétractés lors de leur procès- de percevoir des enveloppes d’argent en échange de leur silence sur leurs activités « commerciales ». https://actu17.fr/hauts-de-seine-le-trafiquant-de-drogue-propose-3-000-e-par-jour-aux-policiers-municipaux-pour-fermer-les-yeux/

Chasse aux mineurs dans les quartiers populaires de la ville

C’est cette même police municipale qui a été chargée d’appliquer le couvre-feu imposé aux mineurs non accompagnés dans les quartiers populaires du Petit-Colombes, des Fossés Jean et du quartier de l’Europe de 22 heures à 6 heures. Deux fois promulgué par la mairie, et deux fois suspendu par le tribunal administratif  -sur requête de la LDH- (Ligue des Droits de l’Homme), l’arrêté municipal ne fait pas l’unanimité auprès des policiers, qu’ils soient municipaux ou nationaux. D’après Laurent*: « Les policiers ont autre chose à faire que de se livrer à la chasse aux mineurs (…), en plus c’est inefficace et inapplicable, c’est une mesure d’affichage ». L’arrêté de 2018 a été pris à la suite d’une fusillade survenue dans le quartier dit du « Petit Colombes » au cours de laquelle 4 adolescents ont été blessés par balle.

« Une altercation a conduit un mineur à l’hôpital”

Mais comme le rappelle Mohamed, un habitant du quartier qui met, lui aussi, en doute l’efficacité du dispositif : « la fusillade a éclaté autour de 20h00 ».  Stéphanie, encore en poste lors du premier couvre-feu, assure qu’il n’a produit aucun résultat tangible et qu’il avait principalement pour objet de « justifier la présence des effectifs de police la nuit ». Mais il en faut plus pour décourager Mme la Maire qui a qualifié la décision rendue par le tribunal administratif d’« aberrante » et promis de rééditer l’arrêté.

Un bon soldat violent et sa gâchette

Pour appliquer son programme sécuritaire, Nicole Goueta s’est assuré l’allégeance de bons soldats parmi lesquels le chef de service de la Police municipale, Samy Karout, ancien ASVP (agent de surveillance de la voie publique)  promu chef de service.

Selon Stéphanie qui a très vite regretté son prédécesseur, « Mr Karout a, dès sa prise de fonction, fait du favoritisme et distribué les heures supplémentaires aux agents qui accepteraient de le suivre dans ses interventions musclées ». L’une d’elle aurait d’ailleurs conduit, durant l’été 2017, à l’hospitalisation d’un mineur, victime d’une fracture faciale occasionnée par un coup portée par le chef de service  en personne. Le père de la victime a porté plainte et Samy Karout a, selon nos sources, été arrêté et entendu par un officier de la PJ.

Le chef de service est également le co-artisan de la purge opérée au sein de l’équipe de policiers municipaux. Et pour y parvenir, Karout aura fait feu de tout bois : harcèlement moral, menaces et insultes. Stéphanie* qui a été radiée des effectifs de la Police municipale au terme de nombreuses années de service et de plusieurs mois de harcèlement a fini par porter plainte devant le tribunal administratif puis le tribunal correctionnel. En plus de menaces verbales, Mr Karout n’a pas hésité à jouer, dans son bureau, avec la gâchette de son arme de service –en principe, chargée- devant Stéphanie pour précipiter le départ de celle qui était devenu indésirable.

“Mr Karout a rédigé un rapport à charge accusant un agent, musulman, de radicalisation. L’intéressé a porté plainte pour diffamation” 

Toujours prêt à rendre service à la hiérarchie, Mr Karout a ainsi joué les auxiliaires du DRH de la mairie de Colombes en rédigeant un rapport à charge contre un agent territorial, dont la mairie voulait se débarrasser et qu’il a accusé de radicalisation. Le rapport a été adressé à la commission de réforme -instance paritaire qui statue, notamment sur les accidents de services- et selon Karout lui-même, une copie du rapport aurait également été transmise à la police nationale.

L’intéressé El Amri El Constantini a porté plainte pour discrimination au nom du syndicat CFTC des agents territoriaux des Hauts de Seine dont il est le Président. La dénonciation calomnieuse dont il a fait l’objet et qui aurait pu lui valoir de graves ennuis dans le contexte des attentats terroristes n’a pas seulement ulcéré El Amri, elle l’a aussi fait sourire : «C’est l’hôpital qui se fout de la charité. Quand on sait que Samy Karout a interdit la viande de porc au sein du réfectoire de la Police municipale et que ce monsieur se permet d’aller à la mosquée de Sannois, dans un véhicule de service de la police municipale…»

Cet abus de pouvoir de M. Karout est d’autant plus insolite lorsqu’on connaît la politique outrageusement islamophobe pratiquée par la majorité municipale, consistant notamment à harceler les commerces vendant des produits halal, à tenter de faire fermer un commerce d’alimentation sous prétexte que celui-ci ne vendait pas de…viande de porc et d’alcool.

Par ailleurs, pourquoi la mosquée de Sannois qui se trouve à 13 km de Colombes? Ou plus précisément pourquoi ne pas prier dans l’une de mosquées de Colombes ou de la ville mitoyenne, Asnières ? Karout ne serait pas en odeur de sainteté au sein de la communauté. La (mauvaise) réputation que l’homme s’est taillé dans la ville et la dénonciation calomnieuse dont Karout s’est rendu responsable ne l’aurait pas rendu très populaire auprès de ses coreligionnaires. 

Un ancien colonel

Pour commander cette petite armée, il ne fallait rien de moins qu’un militaire et le choix de la mairie va se porter sur un colonel de gendarmerie à la retraite : Alain Faugeras. Cet officier de grande taille, portant beau, à la chevelure grisonnante a vu du pays : Mali, Gaza, la Corse, les Balkans. Il a été en outre, chef de la section “gestion des crises civiles” à la Représentation permanente de la France auprès de l’UE à Bruxelles. «Gestion des crises civiles », voilà qui a dû faire mouche auprès du chasseur de tête ayant repéré le CV du Colonel. Avec un militaire qui a traîné ses rangers dans autant de zones de conflits, les jeunes des quartiers populaires allaient être servis… 

“Une usurpation de fonction qui pourrait valoir à la mairie de Colombes une condamnation”

Si Monsieur Faugeras se félicite dès qu’il en a l’occasion des résultats obtenus par ses policiers, il n’existe à ce jour, aucune donnée fiable permettant d’évaluer l’efficacité de la politique sécuritaire de la ville. Le trafic  de drogue semble toujours aussi florissant et les fusillades entre bandes criminelles rivales éclatent avec la même fréquence qu’avant la transformation de la police municipale en unité para militaire.

Un audit a pourtant été diligenté par la mairie et confié à un cabinet de conseil spécialisé en analyse de risques. Mais outre le fait que Charle Pellegrini, à la tête de cette entreprise soit une connaissance du directeur Sécurité et Prévention de la mairie, on attend toujours que les résultats de cette étude soient rendus publics. En revanche, une pluie de plaintes, aurait, selon nos sources, été déposée contre la police municipale, ce qui expliquerait la discrétion que celle-ci observe depuis quelques mois.

Une plainte en particulier pourrait bientôt viser le colonel en personne.  Comme l’atteste une lettre envoyée par la DRH à la directrice de cabinet du maire, Madame Sandrine BARBE SEFERIAN, le poste de directeur de la police municipale ne peut être occupé que par un membre titulaire du corps de police municipale, ce que Faugeras n’est pas. Qu’à cela ne tienne, le colonel sera finalement recruté en qualité de «chargé de mission de sécurité».

Mais le colonel en retraite semble ne pas avoir renoncé à diriger la police municipale comme en témoigne les différents courriers signé de sa main, que le CJL a pu consulter et qui indiquent que Mr Faugeras est bien le vrai « patron » de la police municipale.


Une usurpation de fonction qui pourrait valoir à la mairie de Colombes une condamnation du tribunal administratif s’il était saisi par un tiers comme cela a été le cas dans la ville de Nice, laquelle a été contrainte de se séparer de son directeur.L’ex-directeur de la police de Nice, jeune retraité de la police nationale, avait en outre, été sommé de rembourser tous les salaires perçus depuis sa prise de fonction.

Jean-Paul Bolufer en charge des questions de sécurité et des affaires juridiques

C’est, semble-t-il, une constante de la droite française que de prêcher l’ordre et la vertu et de vivre au-dessus des lois. Aussi l’adjoint au maire, Jean-Paul Bolufer est-il un parfait exemple des pratiques d’une certaine noblesse d’état. Ce haut fonctionnaire, proche de l’Opus Déï, ancien membre du club de l’Horloge est  l’incarnation de cette droite chrétienne psycho-rigide qui s’est notamment distinguée par son hostilité au mariage pour tou.te.s.

Directeur de cabinet de Christine Boutin lorsque celle-ci était ministre du logement, il s’était indigné du fait qu’« il se trouvent dans le parc HLM des gens qui ne devraient pas y être, et que se trouvent dans la rue des gens qui devraient être dans les HLM». C’était quelques semaines avant que l’on ne découvre que monsieur Bolufer occupait une modeste HLM de 190m2 dans un beau quartier de la capitale avec un loyer bien plus modeste encore. Mais il faut croire que dans certains cercles de pouvoir, se retrouver au centre d’un scandale et faire la une du Canard Enchaîné n’est pas une marque d’infamie, mais un signe d’élection, puisque Mr Bolufer sera aussitôt nommé,  par le Conseil des ministres, Contrôleur général économique et financier au ministère de l’Economie et des Finances.

Un peu à l’image de Charles Pasqua, artisan de la conquête des Hauts-de-Seine pour la droite, idole de ceux qui y ont vu un modèle de réussite en raison de son passé au sein d’une organisation criminelle et de sa spectaculaire reconversion en intraitable ministre de l’Intérieur. Il se trouve que M. Pasqua fut aussi le mentor de Nicole Goueta dont elle a été l’une des fidèles parmi les fidèles. Et nous aurons d’autres occasions de découvrir que « toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé » ne saurait être fortuite.  

Ali Ouicène pour le CJL

* les noms des ex-policiers municipaux ont été changés pour protéger leur anonymat.