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Qui a oublié l’état d’urgence et la lutte contre la radicalisation? Certainement pas ceux qu’on appelle “les musulmans”.

Qu’il s’agisse d’Amnesty International, Human Rights Watch, l’ONU, le Défenseur Des Droits Jacques Toubonou la CNCDHavaient fustigé les politiques discriminatoires de l’état d’urgence et plus globalement ce qu’on appelle la lutte contre la radicalisation.

“l’Occident ne posera jamais la question du pourquoi parce que cette question l’obligerait à regarder dans le miroir et donc à reconnaitre sa responsabilité première dans le terrorisme international.”Noam Chomsky

Qui a oublié l’état d’urgence et la lutte contre la radicalisation? Certainement pas ceux qu’on appelle “les musulmans”.

Perquisition du restaurant halal “Pepper Grill” à Saint Ouen l’Aumône pendant l’état d’urgence

 

Pour commencer: “Qu’est ce la radicalisation?” A vrai dire pas grand chose si ce n’est tout ce qui touche de près ou de loin à ceux qu’on appelle les musulmans: “Islam radical”, “Mosquées radicales”, “Musulmans radicaux” etc…

Pour reprendre les termes d’une mission d’information du Sénat: “La radicalisation est une notion ambiguë née sous la pression des évènements”. Fin de citation.

C’est donc au nom de cette notion ambiguë que des lois d’exception sont passées, que le débat public s’est enflammé pour jeter en pâture ceux qu’on appelle les musulmans pour en faire, je cite “l’ennemi intérieur”.

 

Par contre, l’ambiguïté de cette notion de radicalisation, est très délimitée et encadrée pour alimenter une suspicion ciblée et centrée sur ceux qu’on appelle les musulmans qui refusent de faire allégeance à la suprématie blanche, qui s’engagent dans la vie associative ou en politique, qui osent porter un discours religieux émancipateur, portent un foulard, soutiennent la cause Palestinienne ou tout simplement, toute personne qui ose dire “NON!”.

“41,7% des musulman·e·s entre 45–64 ans déclarent demander à leurs enfants de «faire attention à ce qu’il·elle·s disent à l’école», pour éviter d’être discriminé·e·s.”

Mais lorsqu’on est blanc et qu’on organise des camps d’entrainement en France réservés aux blancsil n’en est rien. Vous vous souviendrez que, subtilité de langage, on a préféré parler de l’ultra droite, et non pas de radicalisation lorsqu’il s’est agit d’individus organisés militairement pour assassiner des musulmans, ou lorsque les réseaux d’extrême droite envoient des volontaires s’entrainer au maniement des armes et des explosifs en Ukraine.

Cette notion ambiguë de radicalisation, ne s’applique pas non plus à des synagogues qui accueillent les cadres de l’armée d’occupation israélienne venus recruterdes jeunes français pour les envoyer commettre des crimes de guerre dans les territoires palestiniens.

Pour ceux qui se posent encore la question “la lutte contre la radicalisation a-t-elle vraiment ciblé “que” les musulmans?”, une étude de SciencesPo paris vient de sortir pour y répondre.

Etude du CCLS “Les effets de la lutte contre le terrorisme et la radicalisation sur les populations musulmanes en France”

Dirigée par Francesco Ragazzi, Professeur de Relations Internationales à l’Université de Leiden, l’étude démontre que:

_“Les musulman·e·s se sentent discriminé·e·s dans tous les domaines couverts par l’enquête (santé, école, logement, police, emploi, vie quotidienne) et cela d’une façon bien plus importante que les non-musulman·e·s: 2,2 fois plus lors d’une recherche de logement; 3,2 fois plus à l’école 5,3 fois plus lors d’interactions avec la police”

Ces chiffres sont à superposer aux plus de 4500 perquisitions qui ont dans leur majeure partie ciblé ceux qu’on appelle les musulmans dans leurs domiciles, commerces et lieux de culte.

Environ un·e musulman·e sur trois dit «éviter de dire ce qu’il·elle pense» sur les sujets controversés en lien avec la politique étrangère (30,6%) ou la société (30,5%).

Au pays de Voltaire, là où Eric Zemmourou Ivan Rioufol peuvent parler de guerre civile contre les musulmans sans sourciller: “Il existe donc un phénomène d’autocensure diffus, accentué chez les musulman·e·s.”

“Plus d’un tiers des musulman·e·s (38,5%) déclare ne plus lire ou regarder certains médias à cause de leur façon d’aborder l’islam. Cela concerne en particulier les jeunes (41,9%). Ce chiffre augmente encore (43,7%) lorsqu’il s’agit du traitement médiatique des questions de terrorisme.”

“Environ un quart des répondant·e·s (26,1%) déclare faire attention à ce qu’il·elle·s disent aux éducateur·rices et travailleur·euse·s sociaux,de peur d’être discriminé·e·s. Ce chiffre est inférieur pour ce qui est des médecins et infirmier·ère·s (19,7%).”

“ De plus, 41,7% des musulman·e·s entre 45–64 ans déclarent demander à leurs enfants de «faire attention à ce qu’il·elle·s disent à l’école», pour éviter d’être discriminé·e·s. L’antiterrorisme a un impact important sur les associations caritatives musulmanes: presqu’un tiers des musulman·e·s (37 %) dit «réfléchir à deux fois avant de faire un don à un organisme de bienfaisance».”

Malgré ce racisme d’un état qui vise délibérément les personnes en raison de leur appartenance réelle ou supposée à la religion musulmane, ceux qu’on appelles “les musulmans” ont dans leur ensemble, “autant (voire légèrement plus) confiance que les blancs dans les institutions de l’État et de la société française (armée, sécurité sociale, école, mairie, justice, etc.)”…exception faite -à ma grande surprise?- des politiques, de la police et des médias.

L’enquête montre encore que ceux qu’on appelle “les musulmans” ne se distinguent pas du reste de la population lorsqu’il s’agit d’évaluer la lutte contre le terrorisme: ils la jugent inefficace et “sans effet sur leur sentiment de sécurité.”

Mais malheureusement, et pour reprendre l’expression de Francesco Ragazzi durant la présentation du rapport à SciencesPo “la situation est déprimante pour les organisation de défense des libertés civiles”:
_”79,8% des musulman·e·s et 84,4% du groupe de contrôle disent ne pas avoir changé leurs habitudes pour protéger leur vie privée en ligne.”

“le terrorisme, c’est le petit prix à payer pour être une superpuissance”. Tony Blair

La lutte contre le terrorisme n’est donc pas une lutte contre le terrorisme, vu que ce dernier n’a pas de définition établie; mais qu’il s’agit d’une série de lois d’exception passées sur le dos de ceux qu’on appelle les musulmans.

Je rappelle que ceux qu’on appelle “les musulmans”, sont de loin les premières victimes du terrorisme international, qui est lui même le fruit empoisonné des différentes interventions militaires de la France, du Royaume-Uni ou des États-Unis. Mais le terrorisme ne devient une question urgente à traiter, que lorsqu’il touche les capitales occidentales.

Question urgente? En fait, pas toute à fait. Les gouvernements de ce pays n’ont aucune envie d’éradiquer le phénomène, car, comme l’admettait Tony Blair il y a quelques années: “le terrorisme, c’est le petit prix à payer pour être une superpuissance”. J’avais le terrorisme ne sera éradiquer sans remise en question des politiques étrangères qui l’alimentent.

Pour terminer, je citerai Noam Chomsky qui disait à juste titre “l’Occident ne posera jamais la question du pourquoi parce que cette question l’obligerait à regarder dans le miroir et donc à reconnaitre sa responsabilité première dans le terrorisme international.”

ADHÉSION